10 : La poche de Verdenne
Le 24 décembre, un Kampfgruppe (groupe de combat) allemand traverse le village et s’installe dans les bois au nord-est de Verdenne.
De cet avant-poste est prévue la percée à travers le village de Bourdon.
Une patrouille américaine, progressant vers Verdenne et ignorant que l’ennemi s’est glissé jusqu’à cet endroit, tombe pile sur les chars allemands.
Après de violents échanges de tirs, les G.I.’s parviendront à s’exfiltrer de ce piège.
Dans ce que l’on commence déjà à appeler la « Poche de Verdenne », 200 soldats allemands, passant au travers des lignes américaines installées au château, parviennent à rejoindre ce noyau de résistance du Kampfgruppe.
Le 25 à l’aube, pensant la défense allemande de la « Poche » affaiblie, les Américains tentent une nouvelle fois de s‘en emparer.
Mais l’attaque est stoppée net !
Les Allemands ont enfoncé un coin dans le dispositif américain et ne semblent pas disposés à renoncer à leur manœuvre de progression vers Bourdon
La 84e ne renonce pas pour autant.
Un intense pilonnage d’artillerie s’abat sur la « Poche », coupant le Kampfgruppe de sa base.
Les soldats allemands surnommeront cet endroit « Le Chaudron ».
Le 26 décembre, après plusieurs tentatives infructueuses de rejoindre le gros de sa division, le Kampfgruppe décide de quitter la « Poche » pour rejoindre le village de Grimbiémont.
Mais une erreur de guide (une fois de plus) fera tomber ce groupe de combat dans le piège mortel de Menil-Favay.
Mais aussi…
Aux premières heures du 26 décembre, le déploiement d’une partie de la Führer Begleit Brigade entre l’Ourthe et Menil-Favay permet à la 116ème Panzer-Division de raccourcir son front, pour récupérer quelques troupes sur son aile droite.
Ceci rend un certain optimisme à Krüger, qui ordonne au Général Waldenburg de lancer une nouvelle attaque en vue d’ouvrir un passage jusqu’à la poche de Verdenne et transformer celle-ci en un saillant, d’où il sera possible d’atteindre la nationale 86 (route reliant Marche-en-Famenne à Hotton).
Sur la droite de la 116ème Panzer-Division, la Führer Begleit Brigade doit s’emparer de Menil-Favay et de Hampteau pour ensuite pousser en direction de Noiseux.
Dans les bois au sud de Verdenne, toutes les troupes que la 116ème Panzer-Division peut rassembler sont confiées au Major Stephan, qui attaque avant l’aube.
En fin de matinée, les Allemands s’emparent de la cote 326, juste au sud-ouest de Verdenne.
Leur avance est ensuite bloquée par les Sherman et la cote 326 repasse aux mains des Américains durant l’après-midi, mais pas avant que quatre Panzer supplémentaires et des armes antichars soient à leur tour parvenus dans la poche.
De leur côté, les assiégés ne restent pas inactifs, mais leurs tentatives d’effectuer la jonction avec les forces de Stephan échouent et se soldent par la perte de trois chars.
Durant la journée du mardi 26 décembre, les allemands reprennent leurs attaques en vue de percer jusqu’à la poche puis descendre vers la route de Marche à Hotton.
De leur côté, les Américains font de leur mieux pour les stopper et éliminer la poche.
Ils parviennent à enrayer l’avance allemande, mais pas à réduire la poche et décident de l’écraser sous des tirs d’artillerie.
Les artilleurs américains interviennent à partir de 14h25 avec leurs pièces les plus lourdes. Le bataillon de 8 pouces et un de 155 mm tirent 180 obus.
Toujours en position dans la petite carrière, la compagnie Kilo du 333ème régiment d’infanterie est aux premières loges, comme l’écriront les lieutenants Leinbaugh et Campbell après la guerre :
« ‘King Six’, c’était l’indicatif radio de Leinbaugh, ‘dites à vos gars de s’enfoncer dans le trou le plus profond qu’ils peuvent se trouver et, pour l’amour de Dieu, gardez les têtes baissées.’
Dans le lointain, nous avons entendu le lourd grondement des 8 pouces et des 155 puis, bataillon par bataillon, les 105, beaucoup plus près de nous.
Le bois disparaissait dans des nuages de fumée grise et blanche, déchirés par les lueurs rouges des explosions, qui se confondaient en un grondement continu.
Des cailloux et des mottes de terre gelée retombaient sur le périmètre de la compagnie Kilo.
Quelques obus de 105 sont tombés trop court, mais seulement deux hommes ont été légèrement touchés.
Quand le feu a cessé, les appels au secours des Allemands blessés et mourants sont clairement parvenus jusqu’à nos lignes. Il faut bien l’admettre, nous ressentions une certaine pitié pour ces pauvres diables dans la poche ».
« Les obus ont continué à s’abattre sur la force allemande dans la poche.
Les projectiles explosifs conventionnels étaient mélangés à ceux au phosphore ou munis de fusées à retard.
Combien de temps cela a duré, nous pouvions seulement le deviner, probablement moins de cinq minutes, mais cela nous a paru interminable. Des arbres entiers étaient projetés en l’air.
Bien que le bombardement ne dure que quelques minutes, les pièces américaines de gros calibre transforment le terrain en paysage lunaire, mais les Allemands tiennent toujours.
Les Allemands décident toutefois de quitter la poche dans la nuit du 26 au 27 décembre.
Neuf chars et quatorze véhicules blindés semi-chenillés, ainsi qu’une jeep capturée et quelques motos, se préparent à une sortie en force via Marenne et le chemin de Lihi pour regagner les lignes allemandes plus au sud.
L’opération débute bien pour les Allemands.
A Marenne, les fantassins américains sont surpris et la colonne passe, moins une paire de blindés semi-chenillés.
L’artillerie américaine réagit plus vite et, un de ses tirs s’abat à la sortie Sud de Marenne,là où les Allemands ont prévu de quitter le village.
Au lieu de filer vers les lignes allemandes, la colonne se dirige vers Ménil-Favay où, alertés par les bruits de combats, les « Railsplitters » sont prêts à les recevoir.
Les deux premiers chars allemands sont détruits.
Cinq autres chars tentent de faire face pour permettre au reste de la colonne de s’échapper, mais ils foncent droit dans un champ de mines et plusieurs sont mis hors de combat.
Dans la confusion, au lieu de filer vers le sud, les transporteurs semi-chenillés suivent les chars et plusieurs sont également détruits.
Seule une petite partie de la colonne parvient à se dégager et à gagner les lignes allemandes.
En tout, 25 véhicules allemands, dont 6 chars sont neutralisés.
A elle seule, la compagnie Echo du 333ème régiment d’infanterie fait 65 prisonniers et recueille 40 blessés allemands à son poste de secours.
Une trentaine d’autres ont été tués.
Du côté américain, les pertes de la nuit restent assez légères. Saignée à blanc par les combats de Verdenne, la 116ème Panzer-Division s’installe défensivement face aux positions américaines.
Quelques jours plus tard, la 84ème Division d’infanterie américaine est remplacée par la 53ème division d’infanterie britannique et passe sur la rive orientale de l’Ourthe pour participer à la contre-offensive du 7ème corps américain.
Début janvier, les Allemands reculent partout et le calme revient sur Verdenne, qui n’est plus que ruines
Le jour de Noël, la deuxième division allemande le jour de Noel fut arrêtée par des blindés américains à Celles (Dinant) à seulement 8 km de la Meuse,
Le 26 décembre une puissante unité allemande composée de chars et de blindés fut prise en embuscade à Menil-Favay. Les combats pour la route Marche-Hotton étaient terminés, l’avancée des allemands vers la Meuse a été arrêtée.
Les allemands n’atteindront pas Anvers…